DEBILLY Jean-Michel

Un artiste parfait n’a pas une seule idée, qui ne soit enfermée sous le surplus d’un unique bloc de marbre. Et seule peut l’atteindre, la main qui obéit à l’intellect. Ces vers célèbres de Michel-Ange définissent parfaitement le travail du sculpteur, qui a parfois modelé dans la terre la forme de son projet, et fait ensuite sauter des écailles d’un bloc de matière informe pour dessiner les lignes de son modèle. Et nous en admirons la perfection, à Rome, dans la Pietà de la basilique Saint-Pierre. Mais ils n’expliquent pas l’insatisfaction qu’expriment toutes les sculptures non finies de Michel-Ange, qui disent l’éternel combat de l’idée et de la matière, de l’ordre contre le chaos. C’est un combat, ou plutôt une recherche, car le voyage se fait dans la fluidité, que semblent mener éternellement les sculptures de Jean-Michel Debilly. Physique quantique et cosmologie nous ont révélé que de l’infiniment petit à l’infiniment grand, la matière n’est faite que de vide. Jean-Michel Debilly a choisi d’en faire l’exploration et de nous faire entrer dans la fascination d’un univers fermé perpétuellement ouvert : gorges de Pétra, cañon du Colorado, labyrinthe de Dédale, où la sortie se fait par un envol vers la lumière. Petits cubes ou sculptures monumentales nous font voyager dans l’univers de Stephen Hawkings et de James Maxwell, où la science, qui sait qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais deux flocons de neige identiques, se fait poésie. C’est une exploration que faisait aussi Léonard de Vinci, qui a écrit et peint sa fascination pour les cavernes, où il entre toujours avec la certitude de la découverte de quelque mystère. C’est ainsi que nous entrons dans les sculptures de Jean-Michel Debilly, avec ces frissons de l’enfance pour la peur de se perdre – on voudrait se faire Petit-Poucet pour se glisser dans le labyrinthe – et la rassurante certitude de retrouver la lumière. Mais la magie c’est que l’enchantement ne cesse jamais, et il doit en être de même dans cette recherche perpétuelle du sculpteur, voyage dans l’indéfini vers l’infini. Roger BAILLET Professeur émérite de l’université Jean Moulin,