Mon parcours artistique s’est construit au fil de trente années de voyages en tant que capitaine de la marine marchande. Il s’est façonné au sein d’ateliers dédiés à diverses techniques – dessin, peinture à l’huile, gravure – aux Beaux-Arts de Paris, Versailles et Lyon. Les œuvres présentées s’inscrivent dans une réflexion sur le temps, la mémoire et le corps, envisagés comme des strates en interaction. Le processus artistique repose d’abord sur un travail du support, le plus souvent du papier. Cartes marines, documents familiaux anciens, feuillets altérés par le temps constituent autant de surfaces déjà investies, où s’inscrivent des traces antérieures. Ce geste d’appropriation et de transformation évoque la notion de palimpseste. À l’opposé de ce temps lent et presque méditatif, la séance de modèle vivant engage une pratique physique et instinctive, mobilisant une énergie intérieure intense. Il ne s’agit pas de représenter le corps comme objet stable, mais d’en saisir l’intensité, l’état, voire la trace. Cette tension entre mémoire du support et immédiateté du geste inscrit le travail dans un espace intermédiaire, où perception et sensation se confondent. La figure se transforme alors en une forme mouvante, proche du paysage, située à la frontière entre contrôle et lâcher-prise.